Pratique taoïste et postures
nov 25th, 2009 by Xiyi Daoren
Traditionnellement, bien que l’assise ait pris du grade au fil des siècles, la pratique taoïste se soucie peu de la posture (forme) et se focalise davantage sur des critères généraux que sont : la mâchoire est fermée, la salive est avalée, le corps est droit et détendu, la respiration est fine mais profonde et l’intention est superficielle. Ces critères tendent à aider le sang et le Qi à circuler librement dans le corps et éviter des blocages localement.
A partir de ces prérequis, il est théoriquement possible de pratiquer dans n’importe quelle posture : assis 坐, couché 卧, debout 站 et en marchant 行. Il faut toutefois noter que certaines postures amènent des points d’attention à ne pas négliger : quand on est assis les jambes croisées, il faut être attentif à ne pas provoquer de blocage de la circulation sanguine; couché, il importe que le corps soit détendu et les cervicales libres; debout, les genoux ne doivent pas être tendus mais légèrement fléchis, poids du corps vers le bas (un exemple est la posture de l’arbre); en marchant, il importe de réguler la respiration 调息, de calmer les pensées et de marcher à un rythme assez lent sans forcer.
Mais chose rarement discutée, j’exclus volontairement les fréquentes querelles de clocher parmi les tenants de la méditation assise et les pratiquants des arts martiaux, qui tendent tous à réduire le débat à leur posture de prédilection, dogmatisme ridicule, il faut répéter qu’il n’existe aucune posture supérieure dans l’absolu, mais certaines conditions nécessitent d’être discutées, et reposent sur une bonne compréhension du Yin et du Yang, du mouvement (dong 动) et du repos (jing 静) et du mécanisme énergétique. Les postures assise et couchée sont des postures Yin favorisant l’entrée en quiétude 入静. C’est peut-être la raison pour laquelle elles sont privilégiées par les écoles qu’on pourrrait appeler “quiétistes”. Les postures debout et en marchant sont des postures Yang, elles sont privilégiées par les pratiquants d’arts martiaux favorisant l’expression du Yang sur le Yin dans un objectif de combat. L’harmonie consiste à inclure du Yin dans le Yang et inversement. Quand on pratique assis ou couché, le procédé alchimique, par le biais du calme et de la régulation de la respiration, entraîne l’activation du Yang, en application du principe selon lequel “quand le Yin est à son apogée, le Yang se manifeste”, ce qui devient dans les textes alchimiques : “quand le calme est à son apogée, apparaît le mouvement (du Qi) et avec lui la manifestation du Yang”. Quand on pratique debout, il convient d’apporter du Yin par le biais de la stabilité de la posture et la détente corporelle.
D’autres considérations sont importantes, comme l’état de la personne. Les pratiquants jeunes (moins de trente ans) de bonne constitution et plutôt maigres (constitution Yang) possèdent naturellement du Yang. Il est plus important de prendre une posture Yin pour compenser. Certains pratiquants d’arts martiaux travaillant debout constamment se plaignent parfois d’excès de chaleur très inconfortable. Le changement de posture permet de pallier partiellement ce problème. Les personnes de constitution plus faible ou d’âge plus mûr, ainsi que les personnes avec excédent de poids, devraient plutôt opter pour une posture Yang. Cela aidera dans leur pratique en favorisant la développement du Yang.
Ces conseils ne sont pas à prendre de manière dogmatique. La meilleure posture est celle qui fonctionne le mieux pour vous. De la même manière, il est très avantageux d’alterner toujours les postures, ne serait-ce que pour pratiquer dans des circonstances plus variées et plus nombreuses. L’expérience sera plus enrichissante et les sensations plus nombreuses, facilitant la compréhension intérieure des phénomènes induits par la pratique.
Xiyi Daoren
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