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Traditionnellement, bien que l’assise ait pris du grade au fil des siècles, la pratique taoïste se soucie peu de la posture (forme) et se focalise davantage sur des critères généraux que sont : la mâchoire est fermée, la salive est avalée, le corps est droit et détendu, la respiration est fine mais profonde et l’intention est superficielle. Ces critères tendent à aider le sang et le Qi à circuler librement dans le corps et éviter des blocages localement.

A partir de ces prérequis, il est théoriquement possible de pratiquer dans n’importe quelle posture : assis 坐, couché 卧, debout 站 et en marchant 行. Il faut toutefois noter que certaines postures amènent des points d’attention à ne pas négliger : quand on est assis les jambes croisées, il faut être attentif à ne pas provoquer de blocage de la circulation sanguine; couché, il importe que le corps soit détendu et les cervicales libres; debout, les genoux ne doivent pas être tendus mais légèrement fléchis, poids du corps vers le bas (un exemple est la posture de l’arbre); en marchant, il importe de réguler la respiration 调息, de calmer les pensées et de marcher à un rythme assez lent sans forcer.

Mais chose rarement discutée, j’exclus volontairement les fréquentes querelles de clocher parmi les tenants de la méditation assise et les pratiquants des arts martiaux, qui tendent tous à réduire le débat à leur posture de prédilection, dogmatisme ridicule, il faut répéter qu’il n’existe aucune posture supérieure dans l’absolu, mais certaines conditions nécessitent d’être discutées, et reposent sur une bonne compréhension du Yin et du Yang, du mouvement (dong 动) et du repos (jing 静) et du mécanisme énergétique.  Les postures assise et couchée sont des postures Yin favorisant l’entrée en quiétude 入静. C’est peut-être la raison pour laquelle elles sont privilégiées par les écoles qu’on pourrrait appeler “quiétistes”. Les postures debout et en marchant sont des postures Yang, elles sont privilégiées par les pratiquants d’arts martiaux favorisant l’expression du Yang sur le Yin dans un objectif de combat. L’harmonie consiste à inclure du Yin dans le Yang et inversement. Quand on pratique assis ou couché, le procédé alchimique, par le biais du calme et de la régulation de la respiration, entraîne l’activation du Yang, en application du principe selon lequel “quand le Yin est à son apogée, le Yang se manifeste”, ce qui devient dans les textes alchimiques : “quand le calme est à son apogée, apparaît le mouvement (du Qi) et avec lui la manifestation du Yang”. Quand on pratique debout, il convient d’apporter du Yin par le biais de la stabilité de la posture et la détente corporelle.

D’autres considérations sont importantes, comme l’état de la personne. Les pratiquants jeunes (moins de trente ans) de bonne constitution et plutôt maigres (constitution Yang) possèdent naturellement du Yang. Il est plus important de prendre une posture Yin pour compenser. Certains pratiquants d’arts martiaux travaillant debout constamment se plaignent parfois d’excès de chaleur très inconfortable. Le changement de posture permet de pallier partiellement ce problème. Les personnes de constitution plus faible ou d’âge plus mûr, ainsi que les personnes avec excédent de poids, devraient plutôt opter pour une posture Yang. Cela aidera dans leur pratique en favorisant la développement du Yang.

Ces conseils ne sont pas à prendre de manière dogmatique. La meilleure posture est celle qui fonctionne le mieux pour vous. De la même manière, il est très avantageux d’alterner toujours les postures, ne serait-ce que pour pratiquer dans des circonstances plus variées et plus nombreuses. L’expérience sera plus enrichissante et les sensations plus nombreuses, facilitant la compréhension intérieure des phénomènes induits par la pratique.

Xiyi Daoren

– Le contenu de ce site ne peut-être utilisé sans autorisation de son auteur, ni cité sans mention de son auteur –

Le titre est trompeur. Je ne vais pas prétendre que la philosophie taoïste (plus précisément pré-taoïste) puisse manquer de pertinence, elle participe au contraire, avec une force qui semble ne pas vouloir céder à l’âge, à l’identité taoïste.

Simplement, Je suis obligé de m’étonner que encore aujourd’hui, quelqu’un qui se dit sain d’esprit, ose avancer que le taoïsme se résume aux philosophes pré-taoïstes Laozi et Zhuangzi ! Je l’ai pourtant lu dans des débats ignorants pour une encyclopédie en ligne … C’est bien triste. Toutes ces avancées de la sinologie et des études taoïstes, encore jeunes, pour en arriver finalement au point de départ.
Comment parviendrait-t-on à convaincre ces irréductibles que le taoïsme originel est bien vivant, même si son visage ne plaît guère ? Il survit sous la forme d’une religion, forme qu’il a prise il y a fort longtemps et grâce à laquelle il a pu diffuser ses concepts fondateurs, ses singularités les plus délicieuses, sa pensée la plus profonde, à toutes les couches de la société chinoise, jusqu’à aujourd’hui.
Pour ces taoïstes modernes, le Daodejing est toujours “l’ancêtre” de tous les textes taoïstes qui n’a jamais cessé de donner vie à des nouvelles vocations, même si l’alchimie intérieure s’est immiscée dans ce tableau idyllique. Le taoïsme a continué de se développer, comment en serait-il autrement, en s’enrichissant (libre à certains de penser qu’il se soit au contraire appauvri) d’influences multiples, mais sans jamais perdre son identité propre. Son évolution ne fut pas linéaire mais par à coups, en suivant les hésitations de l’histoire. On peut néanmoins tirer un fil ténu, tracer une ligne imparfaite et floue à certains endroits, reliant les périodes les plus reculées de la civilisation chinoise, la période des philosophes pré-taoïstes puis le taoïsme religieux aux mille visages qui continue d’envahir mon quotidien depuis des années.

Parler uniquement d’un taoïsme philosophique, c’est oublier les balbutiements chamaniques qui l’ont précédé et nourri dans la terre fertile de la culture de Chu … c’est aussi oublier les développements métaphysiques du Moyen-Âge chinois, passer sous silence l’évolution du quiétisme quand il fut teinté d’hygiénisme, d’alchimie et de bouddhisme (Chan puis tantrique). Ce métissage possède bien une âme et un corps, n’en déplaise à ces esprits conservateurs et ignares, qu’il faut beaucoup étudier pour en comprendre, un peu, les méandres; il faut longtemps le côtoyer pour espérer se familiariser avec lui et se nourrir de sa vitalité sans cesse renouvelée et de l’apprécier malgré ses imperfections. La beauté d’une pensée n’est jamais lisse.

Non, le taoïsme philosophique pur et sans tâche n’a jamais existé en Chine que dans l’esprit de naïfs confucianistes qui pensaient mieux le contrôler en le réduisant à un essentiel déjà bien partisan. Des néo-confucianistes aux réformateurs de la fin de l’Empire, tous ont essayé de le débarrasser de toute trace de superstition comme on dépoussière un vieux meuble dont on a hérité malgré soi sans pouvoir s’en séparer (ce serait, pour la culture chinoise, comme de se couper une jambe ou un bras) et qu’on chercherait à rendre acceptable. Mais comme le taoïsme est vivace et un brin insoumis, il a perduré malgré tout et offre toujours, pour l’amateur sincère, un spectacle merveilleux riche d’enseignements.
Bien-sûr, mais je ne voudrais pas rompre trop brutalement des illusions tenaces chez les occidentaux, l’image du sage parfait tel qu’il apparaît dans le Daodejing ou dans le NanhuaJing, n’a jamais vraiment existé. C’est une image d’Epinal. On ne va pas rencontrer des vieux sages à barbe blanche chevauchant un buffle d’eau au coin de toutes les rues chinoises. Le Vieux Maître qui répondra sans faillir à toutes nos questions existentielles n’est pas encore né. Mais si on ne cède pas à ses illusions enfantines, on pourra peut-être croiser le chemin d’une ou d’un taoïste extraordinairement humain mais authentique. Nous aurons peut-être la chance qu’elle ou il partage avec nous un morceau de la sagesse qui serait née d’une constante modération et d’une simplicité à toute épreuve. Si cela arrive un jour, nous saurons que cette voie existe bel et bien et qu’il nous est possible de l’emprunter, au mieux de nos capacités, et que même imparfaite, elle nous permettra d’apprendre beaucoup sur nous-mêmes et sur le monde.

Xiyi Daoren

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Ce qui me frappe en France tout particulièrement, dans les articles sur le taoïsme, c’est l’omniprésence (sinon le leitmotiv) des notions d’égo et d’amour, notions quasi inexistantes dans les textes taoïstes et dans leurs enseignements. Je n’ai jamais entendu un maître autre que bouddhiste parler d’amour. On peut s’interroger sur les raisons de cette absence compte tenu de sa prévalence dans toutes les cultures, mais le résultat est là, on n’en parle pas. Peut-être que le besoin n’est pas reconnu, ou bien son urgence.

En ce qui concerne l’égo, les discours occidentaux sont douteux. On ne sait si on en parle à cause de sa légitime importance dans un Occident de plus en plus individualiste, ou bien  si c’est le reflet du combat titanesque et souvent vain de son auteur contre une réalité bien plus nécessaire qu’elle n’y paraît. Ce sera sans doute l’occasion d’écrire un jour un billet à ce sujet passionnant. Mais pour l’heure, je voudrais juste rappeler aux mordus de taoïsme que la lutte contre l’égo est davantage du ressort des bouddhistes. Le point commun, me semble-t-il, entre les deux doctrines, c’est que le corps est lié à cet égo. Pour les bouddhistes, il faut transcender le corps comme la source de tous nos maux, pour les taoïstes, et pour les mêmes raisons, il faut cultiver le corps pour transformer l’énergie vitale et l’esprit en quelque chose de plus fin susceptible de faciliter la fusion avec le Dao (Tao).

On ne parle donc pas de l’égo dans le taoïsme, mais de quelques unes de ses manifestations les plus courantes qu’il faut émousser, lisser afin de parvenir à la quiétude (Jing) : Zhi (passions, volonté, ambition), Yu (désirs, ambition), Si (les biens privés auxquels on s’attache), Chi (l’attachement aux êtres et aux choses), Si (les pensées), etc. Laozi préconise par exemple de : “embrasser la simplicité” (bao pu), “diminuer les désirs” (gua yu), “considérer avec simplicité” (jian su). La solution à ces maux qui poussent nos énergies vers l’extérieur, sont l’éthique taoïste et à sa source la progressive transformation de soi par l’affinage du Qi (énergie vitale) et du Shen (esprit) qui requièrent que les sens et l’attention soit redirigés vers l’intérieur. Une fois maintenus à l’intérieur, il est possible de “garder le centre” (shou zhong) et de revenir au Dao (Tao).

Quand désormais vous lirez des articles taoïsants traitant de l’égo et d’amour, vous y reconnaîtrez, j’en suis sûr, l’empreinte bouddhiste ou chrétienne et vous écouterez le message dans son contexte culturel précis. Ce qui sera dit sera peut-être intéressant voire structurant pour votre voie à vous, mais vous saurez qu’on ne vous parle pas de taoïsme mais d’autre chose, assurément complémentaire à bien des égards.

Xiyi Daoren.

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Respirez!

Aujourd’hui c’est un grand jour. J’ai appris que des groupes d’enseignants de Qigong ayant pignon sur rue, qui organisent des stages et écrivent des livres et des articles dans des magazines, donnent des cours de Qigong sans jamais parler de respiration. Quand j’ai appris ça, j’ai été abasourdi. Qu’y apprend-t-on alors dans ces cours?

Une collègue ne connaissant pas ms vices taoïsants, me racontait ses débuts dans le Qigong dans un tel club de quartier. Bonne présentation, des bavardages efficaces, sûrement des diplômes de fédération en poche garantissant leur compétence, les grands débutants reviennent et ont envie de bien faire dans ce créneau nouveau et exotique.
Je lui demande quel style de Qigong apprenait-elle, il y en a des centaines, et chacun y va de son appellation poétique. Ne sait pas. C’est bien le premier club qui ne promeut pas un style très traditionnel transmis de maître à disciple depuis de générations et dont personne n’a jamais entendu parler avant.
Après sa troisième séance, elle m’avoue qu’elle est gênée par des étourdissements après chaque cours, ce qui la pousse à ingérer des sucres rapides juste avant de peur de faire une hypoglycémie. Je lui demande, curieux, qu’en pensait le professeur à la belle chevelure longue et le diplôme rutilant … et là étonnement : il lui conseille de respirer la bouche ouverte! Je manque de sortir de mes gonds … Je n’ai jamais, mais au grand jamais, entendu une pareille ânerie dans la bouche d’un enseignant de Qigong digne de ce nom! En Chine, que ce soit dans les arts martiaux ou dans le Qigong, la première chose que la maître nous dit c’est :

1. N’oubliez pas de respirer
2. Le nez sert à respirer, la bouche à manger (l’inverse fonctionne moins bien)

N’en revenant pas, je lui demande tout de même si, humour mis à part, il en avait profité pour donner des conseils de base sur la respiration. Que nenni! “Respirez la bouche ouverte”.

Je me lance donc hésitant et lui dis que dans le Qigong (dans mon esprit c’est le Neigong, mais les fondamentaux sont les mêmes) la respiration est primordiale, elle doit posséder les qualités suivantes (non exhaustives) :
- Fine (Xi): on ne doit pas l’entendre, c’est comme un fil d’air inaudible même pour quelqu’un qui collerait ses oreilles
- Longue (Chang): elle doit durer le plus longtemps possible selon nos capacités du moment, sans jamais forcer
- Profonde (Chen): elle doit descendre jusqu’aux talons et non monter, en traversant les Trois Foyers (San Jiao) pour que le Champ de Cinabre inférieur reçoive le Qi. L’inspiration est plus importante, au début, que l’expiration.
- Régulière (He): on ne doit pas forcer la respiration qui doit être continue, sans pauses (en tout cas au début)
- Abdominale : l’inspiration gonfle le ventre, l’expiration fait l’inverse (il y en a d’autres types, mais celle-ci est la plus basique). Dans la respiration dite “pulmonaire” (elle l’est bien évidemment tout le temps), le Qi reste au niveau du thorax et diminue l’approvisionnement en Qi du Champ de Cinabre inférieur.

Ces quelques conseils simples ont suffi à ne plus générer d’étourdissements et a supprimé le besoin de snack sucré avant la séance. Je n’ai pourtant pas inventé l’eau chaude, et je ne revendique pas de diplôme fédéral (je me l’interdis, seul un diplôme reconnu par des pairs, en Chine, conviendrait à mon sens à un juste étalonnage des compétences en matière de Qigong, pour éviter des légèretés de ce genre plus fréquentes qu’on ne le croit). Le sucre est dit “épaissir” le sang et le Qi, il faut l’éviter pour qui n’est pas aussi drogué de sucre que moi; il faut aussi éviter de manger et de remplir l’estomac avant de s’exercer au Qigong. La respiration dans le Qigong tient du mécanisme énergétique : à l’inspiration le Qi descend jusqu’aux Reins, à l’expiration, le QI monte aux Poumons. Chaque aller et chaque retour se fait en traversant le Foyer Moyen (Estomac/Rate). Quand on mange avant d’exercer la respiration, l’estomac gonfle et le passage du Qi est moins fluide.
Avant d’aller plus avant dans un cours de Qigong, expliquer brièvement l’importance de la respiration, évite notamment des effets fréquents (et très féminins) d’étourdissements qui peuvent aller jusqu’à l’évanouissement. Il faudrait aussi accueillir les débutants avec une présentation de ce qu’est le Qi (l’énergie vitale, le souffle vital ou ce que vous voudrez) parce qu’en prenant des cours de Qigong, ils entrent dans un monde qu’ils ne connaissaient pas avec sa logique propre et son vocabulaire singulier. Plutôt que d’abreuver les néophytes de concepts fumeux et exotiques, il faut les guider petit à petit vers une meilleure compréhension pour leur donner des bases solides. Ce qui particulièrement irritant dans le contexte occidental du Qigong, c’est la mise en dépendance du néophyte d’un système complexe avec des certificats ou des diplômes qui n’ont aucun sens (je voudrais qu’on me dise par quel biais et avec quelle échelle de valeurs un jury analyse des compétences intérieures en matière de Qigong, et comment on peut s’assurer de l’expérience du jury dans la culture de Qi, autre que littéraire), et une durée de cursus fondamental et avancé standard qui ne se fonde jamais sur les réelles capacités de l’apprenti. J’ai ainsi constaté des abus dans un système taoïste américano-thaïlandais (pourtant non dénués d’intérêt), où des apprentis égrenaient les soi-disant degrés obtenus à la suite des stages payants, sans qu’aucun instructeur ne se donne vraiment la peine d’évaluer les accomplissements un à un de chaque élève. Or, chaque étape est dépendante de l’étape précédente, empêchant théoriquement un élève d’accéder au prochain stage s’il n’a pas les compétences requises … c’est pourtant la base de n’importe quel enseignement, même si les accomplissements en Qigong ne sont pas toujours linéaires. Je suppose donc, qu’avec ce type de système, on trouve ainsi des instructeurs autorisés dont les accomplissements ne sont pas à la hauteur de ce qu’ils devraient enseigner.

En attendant quelques poncifs en matière de culture taoïste : restez simple et continuez de respirer!

Xiyi Daoren

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