Amour et égo sont sur un bateau …
nov 4th, 2009 by Xiyi Daoren
Ce qui me frappe en France tout particulièrement, dans les articles sur le taoïsme, c’est l’omniprésence (sinon le leitmotiv) des notions d’égo et d’amour, notions quasi inexistantes dans les textes taoïstes et dans leurs enseignements. Je n’ai jamais entendu un maître autre que bouddhiste parler d’amour. On peut s’interroger sur les raisons de cette absence compte tenu de sa prévalence dans toutes les cultures, mais le résultat est là, on n’en parle pas. Peut-être que le besoin n’est pas reconnu, ou bien son urgence.
En ce qui concerne l’égo, les discours occidentaux sont douteux. On ne sait si on en parle à cause de sa légitime importance dans un Occident de plus en plus individualiste, ou bien si c’est le reflet du combat titanesque et souvent vain de son auteur contre une réalité bien plus nécessaire qu’elle n’y paraît. Ce sera sans doute l’occasion d’écrire un jour un billet à ce sujet passionnant. Mais pour l’heure, je voudrais juste rappeler aux mordus de taoïsme que la lutte contre l’égo est davantage du ressort des bouddhistes. Le point commun, me semble-t-il, entre les deux doctrines, c’est que le corps est lié à cet égo. Pour les bouddhistes, il faut transcender le corps comme la source de tous nos maux, pour les taoïstes, et pour les mêmes raisons, il faut cultiver le corps pour transformer l’énergie vitale et l’esprit en quelque chose de plus fin susceptible de faciliter la fusion avec le Dao (Tao).
On ne parle donc pas de l’égo dans le taoïsme, mais de quelques unes de ses manifestations les plus courantes qu’il faut émousser, lisser afin de parvenir à la quiétude (Jing) : Zhi (passions, volonté, ambition), Yu (désirs, ambition), Si (les biens privés auxquels on s’attache), Chi (l’attachement aux êtres et aux choses), Si (les pensées), etc. Laozi préconise par exemple de : “embrasser la simplicité” (bao pu), “diminuer les désirs” (gua yu), “considérer avec simplicité” (jian su). La solution à ces maux qui poussent nos énergies vers l’extérieur, sont l’éthique taoïste et à sa source la progressive transformation de soi par l’affinage du Qi (énergie vitale) et du Shen (esprit) qui requièrent que les sens et l’attention soit redirigés vers l’intérieur. Une fois maintenus à l’intérieur, il est possible de “garder le centre” (shou zhong) et de revenir au Dao (Tao).
Quand désormais vous lirez des articles taoïsants traitant de l’égo et d’amour, vous y reconnaîtrez, j’en suis sûr, l’empreinte bouddhiste ou chrétienne et vous écouterez le message dans son contexte culturel précis. Ce qui sera dit sera peut-être intéressant voire structurant pour votre voie à vous, mais vous saurez qu’on ne vous parle pas de taoïsme mais d’autre chose, assurément complémentaire à bien des égards.
Xiyi Daoren.
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