Itinéraire d’un taoïste
mar 15th, 2009 by admin
Je suis taoïste. Pas un joyeux taoïsant, pratiquant seulement le Taiji le dimanche matin, réinventant sans cesse la tradition au fil de mes lubies, créant une danse mystique ou de nouvelles théories aussi syncrétiques que fumeuses … en fait un grand naïf, croyant fermement à la voie tracée par ses “ancêtres”, mais doutant aussi qu’elle ait été bien comprise jusqu’à aujourd’hui. Je ne peux m’empêcher de penser le taoïsme au quotidien en confrontant la tradition avec la réalité de la vie moderne, de l’analyser à la manière d’un anthropologue gardant un pied dans la culture tout en essayant de lui donner un sens. J’ai même essayé d’être prêtre (ou moine, “Daoshi”) sans que cela me rassure sur les motivations des maîtres et la direction prise par eux.
J’ai tenté l’aventure de la voie associative, participé à créer d’autres structures, cru un temps à un possible mouvement de masse qui développerait le taoïsme en Occident, rencontré des maîtres de Chine, initialisé un centre européen, écrit un ouvrage sur la culture taoïste, sans que je puisse m’en satisfaire vraiment. Après plus de dix ans d’effort continu, un appel plus profond, plus vrai, m’enjoint d’interrompre tout cela pour me consacrer à la Vie, si chère au Dao (Tao). Yi yin yi yang, shi wei dao.
Aujourd’hui moine défroqué, sans nom taoïste (que j’ai délibérément abandonné pour m’enlever toute légitimité) qui vienne compléter celui de ma naissance et révéler la génération taoïste à laquelle j’appartiens, je retrouve le goût et le plaisir de ce taoïsme léger, gai, insouciant parce qu’il est expression d’une libération de soi, en marche. Pas une libération immédiate, mais une lente construction, jamais véritablement achevée, mais qui participe de plus en plus à notre identité. Cette même libération si souvent suggérée par les maîtres (Xiaoyao) et pourtant incomprise, parce que bloquée sous les ruines d’une structure sociale confucianiste rigide imposée aux apprentis génération après génération, de manière mécanique et qui se révèle vite se placer aux antipodes des objectifs taoïstes les plus élémentaires, articulant les relations de maître à disciple autour non plus d’une seule compétence mais de l’égo, parfois surdimensionné, du maître.
Rares sont les taoïstes “authentiques”, j’entends ceux qui se soucient véritablement d’une recherche de soi et du Dao sans se penser rapidement aboutis et accaparés par leur aura de maître expérimenté. Si rares en Chine même où la philosophie est progressivement oubliée en faveur d’un taoïsme exclusivement cultuel, quand le taoïsme ne se résume pas à une fine couche de culture religieuse recouvrant des activités humanitaires, indispensables certes, voire recommandables, mais qui ne pourraient distinguer une mission chrétienne, d’une autre bouddhiste ou musulmane.
Maintenant je contemple, non sans mélancolie, ma belle tenue taoïste que j’hésite encore à mettre. Elle est toujours visible, hors de mes étagères, dans l’attente d’un nouvel élan, peut-être d’un vrai maître (pur fantasme?) aussi nécessaire à ce voyage pourtant individuel qu’il peut révéler sa capacité à s’effacer et à reconnaître l’importance de ses disciples pour la pérennisation de sa tradition, comme un père place des espoirs et des certitudes dans la génération suivante sans lui en léguer un poids inutile, dans une vision plus large où l’expérience de chaque branche ou brindille, participe à sa façon à faire vivre la lignée sacrée.
En attendant cela, je vais rester dans le coin pour ânonner mes poncifs sur le taoïsme, au gré de mes humeurs, parfois de mes trouvailles et encourager les novices sincères à s’initier à cette Voie magnifique et si largement inexplorée.
Tao et liberté
Xiyi Daoren
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