La religion taoïste est la plus ancienne religion structurée de Chine. Elle a été fondée sous les Han, au 2ème siècle après JC, et revêtait alors une forme populaire qui versait dans les guérisons de foules par la repentance des pêchés, la consommation des eaux sacrées et l'usage des talismans. Les méthodes ont changé, les écoles se sont multipliées, mais ce courant existe toujours. Il s’appelle l’école des Maîtres Célestes (tianshi) et est representé en Chine par le courant Unité Correcte (zhengyi) et à Taïwan.
Avant cela, ce qui devait former le taoïsme se composait d'une multitude de croyances et de pratiques chamaniques. Ceux qui furent appelés plus tard les adeptes du Tao (daoshi) étaient originellement des "experts en méthodes" (fangshi). Ils pratiquaient les techniques de longue vie et de santé et scrutaient les astres. Certains d'entre eux fréquentaient les cours des seigneurs, conseillaient les princes, d'autres vivaient en ermites dans les montagnes.
C'est dans ce
contexte que Laozi, originaire de Chu, berceau de la culture
chamanique, fut le premier sage à écrire sur ce sujet
plusieurs siècles avant notre ère. Il aurait
composé le Daodejing en 81 chapitres, après une
carrière d'archiviste. C'est un texte unique, profond, autant
éthique que métaphysique qui a beaucoup influencé
la pensée chinoise jusqu'à aujourd'hui.
Dégoûté par la corruption régnant à
son époque (Royaumes Combattants), il aurait quitté le
pays en voyageant « vers l'Ouest » et, à la
frontière du monde civilisé, rencontra le « Gardien
de la Passe » qui lui aurait demandé de mettre par
écrit sa philosophie. Dans la tradition taoïste, Yinxi (le
gardien de la passe) est le pseudonyme d'un ermite (xian) et le premier
disciple de Laozi.
Zhuangzi, originaire de Song, a laissé un ouvrage magnifique,
fait d'histoires merveilleuses servant à parler du Tao. Il a
aussi parlé de ces êtres aux pouvoirs fantastiques dont la
croyance a façonné le taoïsme ultérieur.
Les
préceptes fondamentaux de ces premiers philosophes taoïstes
est l'observation du fonctionnement subtil du Dao et son imitation. Le
sage s’efforce d’agir sans discrimination et avec la
spontanéité caractéristique du Tao. Ce mode
d'action est résumé par le terme Wuwei,
littéralement « absence » (wu) et «
action » (wei). Ce terme est
généralement traduit par non-action mais devrait
être plutôt traduit par « action issue du
néant », d'où son acception fréquente de
spontanéité qui s'est renforcée au fil des
siècles pour donner le terme Ziran
(naturel) et Qingjing (pur et tranquille). Ces deux modalités
d’action constituent une manifestation du Wuwei, lui-même
opérande du Tao, son « principe » , sa «
vertu » (de).
Comme le Tao (ou Dao) est trop vaste pour être saisi par des
mots et les concepts humains, le sage
taoïste privilégie l'imitation de ses manifestations
visibles telles que impartialité, non attachement aux
choses (wu si), simplicité (pu), tranquillité
(jing) et effacement (qing).
Tout en
conservant cette philosophie fondatrice (parfois appelée
Daojia), le taoïsme s’est diversifié en de multiples
courants d’essence religieuse. La doctrine éloignée de
tout dogme affirmée par Laozi et Zhuangzi s’est enrichie de
croyances et de rituels qui ont forgé la religion
taoïste (daojiao). C'est aujourd'hui un ensemble extrêmement
varié d'exercices gymniques, de techniques de respiration, de
divination, de rituels, d'exorcisme, d'usage de talismans contre les
démons et de rapports complexes avec un panthéon de dieux
dont Laozi est devenu l’un des plus vénérables
représentants.
Aucun aspect de la culture chinoise n’est resté en-dehors de sa
sphère : poésie, peinture, médecine
traditionnelle, pratiques de santé, arts martiaux, culture des
jardins, cuisine : tout ce qui ne dépendait pas directement du
pouvoir centralisateur confucéen s’est rangé sous
l’influence taoïste.
Bien entendu, tous les courants taoïstes ne pratiquent pas tout
cela mais ces composantes se retrouvent néanmoins dans nombre
d'écoles.
Aujourd'hui, après les vicissitudes de l'histoire de la Chine et du taoïsme n'ont été conservés que les deux courants principaux qui, au fil des siècles, ont absorbé les autres sans forcément les dissoudre : le courant de la Complète Réalité (quanzhen) et celui de l'Unité Correcte (zhengyi). Le premier, inspiré par les ordres monastiques bouddhistes, initié dans le nord au 12ème siècle sous les Jin et vraiment instauré sous les Yuan, prône la culture de la tranquillité, les exercices de longévité, le célibat, le végétarisme et l’observance des règles monastiques. Le second, de tradition plus laïque, remonte à la dynastie des Han. Comme l'ensemble du taoïsme avant les Yuan, il s’accommode du mariage, de la consommation de viande, il pratique les rituels (ce qui ne veut pas dire que Quanzhen n'en pratique pas) et façonne des amulettes protectrices (contre les maladies, les démons), des calligraphies qui guérissent (talismans ou "fu"). Leurs adeptes entretiennent des rapports étroits avec certains dieux dont chaque daoshi reçoit individuellement la protection qui est inscrite dans un registre (lu).
La
réalité de la religion populaire est encore plus complexe
en dehors de la Chine où un taoïsme moins religieux et
moins monastique subsiste. Il est organisé en "clans" et ses
pratiques combinent certains éléments du courant Zhengyi
avec les pratiques ascétiques et les exercices de
longévité.
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